Dans un monde où l’information va très vite, il devient difficile de s’y retrouver entre le vrai, le faux, le modifié, l’arrangé, l’inventé, etc… Les médias jouent à la surenchère pour augmenter le tirage ou l’audimat.

C’est une question de liberté d’expression qui se pose maintenant entre des médias partiaux ou muselés et internet ou l’on peut tout dire et tout voir même la pire des ignominies.

Pourtant, depuis que je suis en âge de comprendre ce qui se passe vraiment autour de moi, je dois avouer qu’il y a un journal qui jusqu’à maintenant ne m’a jamais déçu. Ce journal c’est « le canard enchaîné ».

Le « canard » est un journal satirique d’investigation. Il s’aventure précisément là où les autres s’arrêtent. en général, là où ça commence à faire mal. Nombre d’affaires frauduleuses, de corruption manifeste ou de scandales ont été révélés (avec humour en plus) dans ses pages. Au delà du fait d’alarmer l’opinion publique, certaines de ces affaires se finissent par des condamnations au tribunal (pas toutes mais en général, des billets ont alors changé de mains). Mais même celles qui échappent a la justice sont rattrapés par la mémoire. Par exemple, on se souvient encore de l’histoire des diamants de Valéry Giscard D’Estain (oui, celui qui a dirigé la rédaction de la future constitution européenne si elle est votée).

Certains qui n’ont jamais lu un numéro du « canard » me diront alors qu’il ne s’agit que d’un autre « Voici » ou « Gala » à peine plus politisé. Seulement le « canard » lui ne cherche pas à faire du ragot. Il prouve. Et correctement encore. Détails de factures, aveux, lettres interceptées,… les journalistes du « canard » semblent être partout et en particulier dans les endroits où ils ne devraient pas être.

D’ailleurs le « canard » dérange. Les politiques (sa cible préférée) surtout sont particulièrement agacés. Il y a quelques années maintenant, alors que le journal déménageait vers d’autres locaux, un groupe de faux ouvriers tentèrent de placer des micros dans les prises de courant. Seulement les services secrets passèrent à l’action dans la soirée, à une heure où on ne travaille généralement plus (à l’époque du moins). Un dessinateur du journal qui passait par là s’étonne qu’il y ait encore de la lumière et monte voir ce qui se passe. Il trouve alors les faux ouvriers agenouillés devant une prises… avec les micros sur le sol. Evidement le scandale qui s’en suivi fut retentissant, surtout que le « canard » s’en donnait à cœur joie contre le ministre de l’intérieur de l’époque.
On l’a même accusé d’avoir poussé le premier ministre Pierre Beregovois au suicide en accentuant la pression médiatique contre lui. Il a été très sévèrement attaqué à l’époque mais il a réussi à s’en sortir grâce au soutien d’une bonne partie de la population et d’autres médias.

Le « canard » fonctionne en totale indépendance. Il ne vit et n’évolue que par les bénéfices de ses ventes et ne fait aucune publicité dans ses pages (à part pour ses hors séries et ses abonnements mais c’est normal). Il est impartial dans ses articles. A peine a-t-il pris position contre Le Pen à l’élection présidentielle française de 2002 avec le slogan « votez escroc, pas facho » ce qui ne fit pas plus plaisir à l’un qu’à l’autre des candidats.

Je ne peux donc que vous encourager à le lire. En tout cas pour moi, « Le canard enchaîné » est la meilleure utilisation de la liberté d’expression et de la liberté de la presse que j’ai connu. Faites-vous une opinion.

Le « canard » aime le papier mais pas trop le web. Toutefois il a dû se résigner à faire un site officiel, ne serait-ce que pour contrer les nombreux sites qui ont tenté de le falsifier, sur http://www.lecanardenchaine.fr .