L’Atomium, c’est la Tour Eiffel des Belges. Le monument qui prend place à côté de Manneken Pis dans les ptites boules qu’on secoue pour faire tomber la neige en plastique. Mais ces dernières (dizaines d’) années, les neuf boules avaient perdu de leur lustre. L’Atomium n’était plus que le « machin » qui annonçait de loin le parc « Mini-Europe ».

Parlons d’abord d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Je vous parle d’un temps où l’économie se reconstruisait, d’un temps où les mines terminaient de tourner à plein régime. Les Italiens considéraient la Belgique comme un nouvel Eldorado, la vie était belle et l’art était pop. On construisait du rond, de l’épuré, on adorait le fer et l’aluminium.

Alors quand il a fallu un symbole de l’exposition universelle, en 1958 à Bruxelles, le fer et l’alu se sont imposés. Le fer, on l’a agrandi, jusqu’à pouvoir en voir un atome. L’alu, on en a recouvert l’atome ainsi mis à l’oeil nu, et on a crié au génie. André Watterkeyn, le concepteur, ne cherchait lui qu’à donner le goût des sciences aux jeunes. C’était le début des golden 60 (elles étaient un peu en avance, à l’époque).

L’Atomium ne devait durer que le temps de l’expo. Mais face à ce nouveau symbole belge, les bulldozers ont reculé. On a décidé de la laisser vivre encore un peu, puis encore un peu, puis encore un peu, puis… Bref, la Belgique n’a jamais pu se résoudre à démanteler ses boules. Elle faisait bien, d’ailleurs, puisque l’Atomium attirait les touristes.

Mais l’Atome vieillissait, tombait en ruine, et les touristes, à part à Rome et Pompéi, ça n’aime pas trop les ruines. Surtout pas les ruines industrielles. Alors l’Atomium a vécu une vie en mode bémol. Elle vivotait et croupissait en silence…

***Jusqu’à ce qu’une association un peu folle décide de lui rendre son lustre d’antant. Le pari? La rénover le plus vite possible, et en refaire une attraction pour touristes. Mais aussi pour les Belges. Car leur Atomium (souvent déformée en Atonium), les Belges l’aiment bien. Pour financer les travaux, les directeurs de l’association ont d’abord vendu 1000 plaques d’aluminium qui recouvraient l’édifice. Prix à la pièce: 1000 €. Tout part à une vitesse dingue. Les travaux peuvent commencer.

Ils dureront 21 mois et demi. Les chefs de chantier avouent y avoir passé des nuits entières, pendant des mois, pour respecter les délais. Petit à petit, l’aluminium terni laisse la place à de l’acier inoxydable. L’intérieur est revu entièrement. On y laisse l’esprit années 50 de l’exposition, en distillant du mobilier d’époque. Même les hôtesses sont habillées dans un style années 50 revisité. Sur leur jupe, de larges pois argentés rappellent le bâtiment dans lequel elles travaillent, et le foulard qu’elles doivent nouer dans leurs cheveux n’est pas sans rappeler celui de Brigitte Bardot à la belle époque. Dans l’Atomium, on installe des salles d’exposition, un espace dédié aux enfants permettra à des classes de loger en hauteur, et un restaurant ouvrira ses portes en avril.

Parlons-en de ce restaurant. Ce sera un temple de la belge attitude, où on pourra déguster des tomates-crevettes, des boulettes à la liégeoise, du waterzooi,… mais pas de frites! Un resto belge sans frites? Oui, question de sécurité incendie…

Désormais, l’Atomium rebrille de mille feux (par boule). Elle a été rouverte au public le 18 février, et Belges et étrangers s’y pressent déjà. On a même vu (oui, j’avoue, au JT) une famille de Texans. Bref, l’Atomium a encore de beaux jours devant elle. Rendez-vous dans 52 ans pour son centenaire!

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